L’Ituri sans témoin : Une économie de l’information sur les atrocités lointaines — Le témoignage vérifié comme bien public sous-produit à l’ère générative

Auteurs

  • Chelo Dhebbi Institut Supérieur Pédagogique de Bunia (ISP/Bunia)

Mots-clés :

bien public, économie de l’attention, information vérifiée, intelligence artificielle générative, Ituri, sous-production informationnelle, témoignage vérifié, économie de l’information, atrocités lointaines

Résumé

Cet article cherche à expliquer pourquoi les atrocités commises en Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), depuis la fin des années 1990 demeurent relativement sous-documentées et insuffisamment présentes dans l’espace public. Il propose une lecture économique de cette invisibilité, en la considérant non comme un simple déficit d’attention morale, mais comme le résultat d’un équilibre sous-optimal de production et de circulation de l’information vérifiée. L’originalité de l’étude réside dans la formalisation du « témoignage vérifié » comme un bien public coûteux, dont les bénéfices sont largement diffusés tandis que les coûts de production sont concentrés sur quelques producteurs et bailleurs. L’analyse mobilise un modèle microéconomique combinant provision privée d’un bien public, comportement de passager clandestin, inattention rationnelle et substitution entre information vérifiée et information vraisemblable. Une extension dynamique considère également l’accumulation et la dépréciation du stock documentaire. Les prédictions théoriques sont confrontées à des faits stylisés et à des données secondaires relatives à l’Ituri et à la période 2024–2026. Les résultats montrent que la provision privée conduit à une sous-production systématique de l’information vérifiée et peut, lorsque les coûts fixes d’accès et de sécurisation deviennent suffisamment élevés, conduire à une solution de coin qualifiée de « sans témoin ». Le retrait du Kivu Security Tracker en 2023 illustre la fragilité d’un système de financement reposant sur un nombre limité de bailleurs et constitue un choc négatif susceptible d’accélérer l’érosion du stock documentaire. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative réduit fortement le coût de production d’informations plausibles sans réduire dans les mêmes proportions le coût de vérification des faits. Cette asymétrie technologique peut ainsi accroître la substitution du vraisemblable au vérifié et réduire la part relative de l’information probante dans la connaissance circulante. L’article conclut à la nécessité d’un financement pérenne et mutualisé du témoignage, d’une meilleure traçabilité des sources et de mécanismes permettant d’internaliser la valeur sociale de la documentation en amont. Ces résultats dépassent le cas de l’Ituri et peuvent s’appliquer à d’autres crises lointaines caractérisées par une faible attention, des coûts documentaires élevés et une dépendance à l’égard de financements concentrés.

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Publiée

2026-10-28

Comment citer

Dhebbi, C. (2026). L’Ituri sans témoin : Une économie de l’information sur les atrocités lointaines — Le témoignage vérifié comme bien public sous-produit à l’ère générative. Revue d’Économie, De Gestion Et De Développement, 1(2), 110–139. Consulté à l’adresse https://revueregd.com/index.php/accueil/article/view/17

Numéro

Rubrique

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